La réalité actuelle sur la recherche d’emploi

Notre secteur compte plus de 2400 entreprises et représente plus de 51 900 travailleurs. Ainsi, plus de 6000 emplois doivent être comblés d’ici les trois prochaines années. En dépit d’un épisode difficile il y a quelques années, il est donc en pleine santé.

Malgré cela, l’opinion publique concernant notre secteur est plutôt négative. Pour les gens le secteur est mort, il n’y a plus d’emploi et les entreprises battent de l’aile pour ne pas dire périclites. Ces idées sont fortement enracinées dans la tête des jeunes, de leurs parents et même des conseillers en orientation. Pire encore, elles le sont dans l’esprit même des employés de notre secteur qui ont une image très négative sur leurs perspectives d’avenir dans l’imprimerie et les communications graphiques en général.
Malheureusement, cette mauvaise image ne vient pas aider dans un contexte où le secteur manufacturier dans son entier essuie une pénurie de main-d’œuvre globale. Dans ce cadre difficile, les ressources humaines ou les patrons d’entreprise doivent faire des pieds et des mains pour s’attacher une main-d’œuvre déjà difficile a obtenir, sinon à conserver.

Faisons donc ici un point général sur la situation de la main-d’œuvre ces dernières années et explorons quelques pistes pour, peut-être, aider à la conserver. Une étude effectuée en 2014 par Statistique Canada et basée sur l’Étude longitudinale et internationale des adultes (ELIA). L’étude examine les raisons qui poussent ces travailleurs à vouloir quitter leur emploi. Les caractéristiques des travailleurs qui recherchent un nouvel emploi y sont également examinées, de même que leur degré de satisfaction au travail.

 

Constats

Chaque année, beaucoup de travailleurs changent d’emploi sans nécessairement passer par une période de chômage. Ces travailleurs entament leur recherche d’emploi alors qu’ils occupent encore l’emploi qu’ils désirent quitter.
Au Canada, on parle de 12 % des travailleurs rémunérés (ils étaient environ 5 % dans le milieu des années 1990).
Les raisons invoquées de cette hausse : des outils en ligne facilitant la recherche d’emploi, un bassin croissant des travailleurs éduqués et le rôle des compétences dans le marché du travail d’aujourd’hui contribuent largement en un plus grand nombre de travailleurs voulant obtenir de meilleures situations d’emploi.

Les principaux motifs les plus souvent évoqués par ces travailleurs sont le désir d’obtenir un emploi mieux rémunéré (51 %), suivi d’acquérir un emploi mieux adapté à leurs qualifications et à leur formation scolaire (28 %). À noter que les conditions de travail et les avantages sociaux sont également souvent évoqués.

Les travailleurs à la recherche d’un nouvel emploi sont plus jeunes et plus éduqués que ceux qui ne cherchent pas de travail : un peu plus de 1 travailleur sur 5 à la recherche d’un nouvel emploi était âgé de 18 à 24 ans (une proportion qui s’élevait à un peu moins de 1 travailleur sur 10 dans les autres tranches d’âges). Ils étaient également plus susceptibles d’avoir changé d’employeur au cours des deux années précédentes et cumulaient un moins grand nombre d’années de service à leur emploi actuel. Par ailleurs, ils étaient plus éduqués que les autres travailleurs : 43 % d’entre eux étaient titulaires d’un diplôme universitaire égal ou supérieur au baccalauréat, comparativement à 35 % pour ceux qui n’étaient pas en recherche d’emploi. La deuxième tranche en recherche d’un meilleur emploi alors qu’ils en ont déjà un est les 35 à 45 ans (plus de 4 travailleurs sur 10).

Les travailleurs à la recherche d’un nouvel emploi sont moins susceptibles d’avoir bénéficié d’une augmentation de salaire au cours des deux années précédentes et étaient proportionnellement plus nombreux à avoir vu les responsabilités, la complexité et le rythme de leur travail s’accroître au cours des deux années précédentes. En revanche, ils étaient moins nombreux à avoir bénéficié d’une augmentation de salaire au cours de la même période (48 % de ceux-ci seulement ayant été augmenté, comparativement à 58 % des travailleurs ne recherchant pas d’emploi). Les travailleurs à la recherche d’un nouvel emploi occupaient également des emplois moins bien rémunérés que ceux des travailleurs n’ayant entrepris aucune activité de recherche d’emploi. Ils gagnaient en moyenne 23,57 $ l’heure, comparativement à 26,27 $ l’heure pour les autres travailleurs, ce qui correspond à un écart d’un peu plus de 10 %.

De plus, ils étaient moins susceptibles que les autres travailleurs d’occuper un emploi à temps plein ou permanent, à être couverts par une convention collective ou bien à participer à un régime de pension.

Enfin, les travailleurs qui avaient cherché du travail estimaient à environ 1 chance sur 5 leur probabilité de perdre leur emploi actuel au cours de l’année suivante (19 % contre 10 % pour les autres travailleurs). Ils étaient en revanche plus optimistes que les autres travailleurs quant à leurs chances de trouver un emploi au moins aussi bon que l’emploi actuel.

En résumé, les travailleurs à la recherche d’un nouvel emploi déclarent un niveau de satisfaction au travail moins élevé et on peut affirmer qu’il existe un lien important entre la satisfaction au travail et la recherche d’un nouvel emploi, et ce, même en tenant compte des gains et d’autres conditions de travail. Tout n’est donc pas une affaire d’argent, mais aussi bien une affaire d’ambiance au travail et d’avantages en nature. À noter que, chez les travailleurs insatisfaits de leur emploi, la probabilité de chercher un nouvel emploi s’élevait à plus de 40 % comparativement à 6 % chez ceux qui étaient satisfaits.

La recherche d’un nouvel emploi n’est donc pas seulement motivée par les conditions de travail, mais aussi par d’autres aspects de l’environnement de travail ayant un lien avec la satisfaction au travail comme la charge de travail, les valeurs de la personne et ses préférences à l’égard du travail. Pour ce dernier point, par exemple, l’importance accordée au prestige rattaché à l’emploi ou aux activités sociales organisées par l’employeur peut également jouer un rôle tout comme la fameuse adéquation travail-famille ou encore le dossier des horaires variables.

 

En quoi cela influe-t-il sur la recherche de main-d’œuvre ?

Comme exprimez plus haut, que ce soit dans le secteur des communications graphiques ou même, globalement, dans tout le secteur industriel la demande en main-d’œuvre est importante. Alors, en quoi ces informations peuvent-elles influer sur la capacité de nos industries à retenir son personnel et à le développer ?

Il est un fait que la nouvelle main-d’œuvre sera principalement issue de la tranche d’âge des 18-50 ans (que cela soit en local ou à la faveur d’une immigration). Un autre fait avec lequel composer : cette nouvelle masse salariale est plus éduquée et provient de générations plus enclines à favoriser la qualité de vie et moins effrayées à l’idée de recommencer encore et encore si cela est vu comme une étape obligée pour aller vers mieux.

Or, dans un contexte où la main-d’œuvre vient cruellement à manquer et où, dans le cas de notre secteur, l’image véhiculée est négative, cela laisse à l’employeur peu d’échappatoires : nous devons rendre nos conditions d’emploi, de vie et de salaire attractifs. Et cela passe par de bonnes conditions de vie en milieu de travail et une valorisation de l’employé (et on ne parle pas là uniquement de salaire, mais bien aussi, pour beaucoup, de la valorisation du travail effectué par l’employé par ses supérieurs : la fameuse « tape dans le dos »). Il est à remarquer que les solutions sont évidentes et déjà connues des services RH et du patronat pour la plupart. Cependant, combien ont également pris en compte le fait que le salaire, bien qu’essentiel, est le seul aspect qui nécessite un gros investissement financier récurrent. Encourager ses employés, leur donner envie de venir travailler, améliorer l’ambiance dans les équipes, proposer des activités de cohésion et favoriser des conditions horaires permettant de jongler entre la vie privée et le travail sont des leviers importants sur lesquels les entreprises peuvent aussi agir.
Concernant l’évolution des salaires dans le domaine des communications graphiques, il y a cependant un gros travail à faire. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : à part les sous-secteurs de l’édition, les marges bénéficiaires augmentent globalement d’année en année alors que les rémunérations stagnent (cf. analyse économique disponible sur le blogue). Il semblerait donc judicieux de faire un effort de ce côté-ci, car, rappelons-le, notre propre main-d’œuvre véhicule une image négative de notre secteur ce qui n’aide en rien le travail à faire pour redorer notre blason.

 

En résumé, il faut faire son deuil de la main-d’œuvre d’hier et accepter que les nouvelles générations aient d’autres exigences. Afin de pallier à notre déficit de masse salariale, un effort sérieux est à faire pour améliorer les conditions de travail et séduire ces nouveaux travailleurs. Dans le même temps, plusieurs de ces mesures auront pour effet de redonner au secteur une image positive et créeront un cercle vertueux qui assurera la pérennité de notre masse salariale future.

 


Dimitri Lesage, chargé de projet délégué à la veille sectorielle

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via le courriel veille@communicationsgraphiques.org.

Source :
Statistique Canada

Date de diffusion : le 11 juillet 2018


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