Le papier, ce héros écologique méconnu

Il y en est de certains héros comme des gens ordinaires : ils sont souvent mal-connus et incompris. Rien de pire que de souffrir d’une mauvaise image ou d’être victime de son passé dans un monde qui cultive l’apparence. C’est le cas de Papier Génial, ce héros méconnu. Déforestation, pollution, gaspillage… on l’accuse de tout ! Et, c’est vrai que notre héros n’a pas toujours eu bonne presse et possède un vrai casier judiciaire niveau écologique. Pourtant, depuis quelques dizaines d’années, Papier Génial a fait le grand saut. Et même si quelques-uns de ses cousins de par le monde continuent a jouer les mauvais garçons, lui, s’est transformé en vrai super-héros.
Mais, qui dit héros, dit vilains. Qui est donc le méchant me direz-vous ? Car comme dans tout bon scénario, il nous en faut au moins un et, de préférence, un bien costaud, avec une belle apparence qui cachent d’obscurs desseins. À ce sujet, d’ailleurs, Papier Génial a plusieurs suspects.

Cependant, d’abord, définissons ce qui fait de Papier Génial un guerrier écologique des temps modernes. Il est recyclable et, le plus souvent, biodégradable. Il a encore quelques progrès à faire dans sa garde-robe pour l’être à 100 %, car encres, métaux et plastiques qui l’habillent parfois ne le sont pas. Mais nu, il est parfaitement réglo ! Et de nouvelles matières viennent de plus en plus compléter ses placards de vêtements de super-héros : encres bio-végétales, cire d’abeille, etc.

Il y a plusieurs années, Papier Génial s’était fait un jeune accolite : monsieur Numérique, un fana de l’informatique. Les épreuves et sa chute les avaient par la suite éloigné. Hors, depuis la débandade de Papier Génial, son ex meilleur ami de toujours, monsieur Numérique a le vent en poupe ! Le succès lui monte même à la tête, fort de son image écolo et réglo. Que de campagnes ont été menées en son nom. Il fut un temps ou, grâce à monsieur Numérique, le papier fut plus imprimé que jamais, mais, depuis, monsieur N (pour les intimes) joue double-jeu : il soutient Papier Génial d’un bord en souvenir du bon vieux temps tout en le dénigrant via tous les médias possibles de l’autre. C’est pourtant vrai que Papier Génial fut un junkie et un pollueur dans sa crise de la quarantaine. Mais depuis, il a purgé sa peine, replanté des forêts, s’est recyclé lui-même, a payé pour de nombreuses recherches afin d’avoir une vraie garde-robe écolo. Les autorités lui prêtent même des vertus éducatives (l’acte d’écrire sur du vrai papier est parait-il très bon pour l’apprentissage) et des qualités médicinales (lire sur un support papier aide à bien s’endormir). Pourtant, entre temps, monsieur N a pris les rênes et le pouvoir lui plait. Il dit à tout va que Papier Génial pollue et que lui est le futur et le sauveur de la planète.

Qui a raison ? devez-vous penser. Et bien, voici quelques faits glanés çà et là :
  • Aujourd’hui, ce n’est pas Papier Génial qui est responsable de la déforestation : c’est majoritairement l’élevage industriel à cause des besoins en pâturage (plus de 80 % de la déforestation).
  • Dans les pays occidentaux, les forêts sont même replantées par, entre autres, l’industrie papetière (la compagnie de Papier Génial) et les sols sont respectés afin de favoriser la repousse naturelle. En 2015, rien que l’ensemencement a permis de régénérer la forêt canadienne sur plus de 7900 hectares de terres supplémentaires. En France, la surface forestière progresse de 50 000 hectares par an (causes naturelles + ensemencements).
  • Et quid des chouchous de monsieur N : les liseuses et autres tablettes vs le papier :
    Un livre papier produit environ 1 à 7,5 kg d’équivalent carbone. Du côté de monsieur Numérique, une de ses tablettes émettrait environ 130 kg d’équivalent carbone contre 168 kg pour une liseuse. En gros, il faut lire environ 20 livres numérisés pour être rentable niveau empreinte carbone. De son côté, Papier Génial et ses entreprises utilisent surtout des « sous-produits » de l’industrie du bois pour imprimer ses romans, alors que, de l’autre, monsieur N utilise de nombreux composés chimiques, des batteries et des matières plastiques.
  • Côté empreinte carbone les courriels de chez monsieur N (un simple courriel sans pièce jointe) correspond à au moins 10 g de CO2 (soit la quantité qu’un arbre peut absorber en une journée pour contrer l’effet de serre). Et comme il reste stocké, il continue de consommer de l’énergie à vie (à moins de le supprimer : acte qui utilise aussi de l’énergie). Hors 80 % des courriels de monsieur N ne sont même pas lus.

 

De plus, Papier Génial innove et recycle les idées pour sauver la planète avec le grand retour des sacs en papier biodégradables dans les épiceries, le papier hygiénique composé en partie de fibres recyclées (80 % moins d’eau consommée à la fabrication), les piles en papiers non toxiques sont en développement (Fuelium, une société barcelonaise, a même déjà commercialisé certains modèles pour des appareils de test jetables) ou encore des similiplastiques en fibre de papier compostable et/ou recyclable.
Son exploit le plus récent : son combat contre les pailles en plastiques. Sa solution est en train d’envahir le monde des cafés et autres boissons : la paille en papier. En effet, même si les pailles ne représentent pas la plus grosse masse de plastiques qui polluent les océans, leurs tailles en font un pollueur nocif et vicieux, car elles s’emmêlent et les animaux marins les ingèrent. Et, pour infos, selon le National Park Service, les habitants des États-Unis, à eux seul, utiliseraient près de 500 millions de pailles par jour.
D’ailleurs, certains grands noms de la restauration ne s’y sont pas trompés et ont suivi Papier Génial dans sa campagne pour sauver les océans. Starbucks, par exemple, a annoncé récemment (NDLR en juillet 2018) que ses succursales proposeraient des solutions alternatives, dont les pailles en papier de Papier génial. Cette initiative permettra au géant du café d’éliminer plus d’1 milliard de pailles par an. Plusieurs autres chaînes sont en passe de suivre le mouvement. L’initiative de pailles en papier est un tel succès que les fournisseurs de Papier Génial sont même confrontés à un problème d’approvisionnement.

 

La révolution est en marche et le papier commence finalement à aider la planète. Maintenant que la filière papetière est bien maîtrisée et qu’une grande attention est portée à la préservation des forêts et des cours d’eau, le papier se taille une place de roi dans l’univers de l’écoresponsabilité. Et on peut dire que, pour l’ancien junkie devenu écolo, cette reconversion est un franc succès.

 


Dimitri Lesage, chargé de projet délégué à la veille sectorielle

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