Imprimer avec un papier réutilisable,
c’est aujourd’hui possible.

 

exemple d'une feuille réutilisable de Xerox-PARC…enfin presque. Mais c’est dans l’air. Plusieurs laboratoires de recherches sont sur l’affaire et, le plus drôle, c’est qu’ils sont tous d’accord sur les grands principes de base : il s’agirait de feuilles préimprégnées de pigments photo-réactifs qui, lorsque soumis à un éclairage UV, deviennent visibles, mais reviennent à leur état antérieur après 24 à 72h (dépendant du procédé) ou lorsque chauffé un bref instant. En somme, l’avenir de tout imprimé à vocation temporaire. Nous parlons bien ici de papier en fibre de cellulose (origine végétale donc) ordinaire et apprêté de façon nouvelle et unique.

Où en est-on actuellement ?

Quelques recherches ont permis de trouver au moins 2 équipes effectuant des recherches sur ce genre de technologie : une équipe de recherches et développements chez Xerox associé au Palo Alto Research Center (PARC) d’une part et un collège de chercheurs provenant l’Université chinoise de Shandong, de l’Université de Californie et du laboratoire national Lawrence Berkeley d’autre part.

L’équipe sino-californienne utilise pour méthode une feuille de papier classique enduite d’un mélange de nanoparticules : du bleu de Prusse qui va s’effacer au contact de particules chargées et du dioxyde de titane qui réagit aux ultraviolets (NDLR chimies non nuisibles pour l’environnement). La feuille enduite est exposée aux rayons UV pour être « imprimée ». La partie exposée aux UV libère des électrons qui rendent la surface bleue incolore dévoilant ainsi ce qui est « imprimé ». L’effet va s’estomper au bout de 5 jours et la feuille va redevenir bleue, prête pour une nouvelle impression. Elle peut aussi être rapidement chauffée pour redevenir « vierge ».

La méthode en développement chez Xerox a pour objectif final de fournir une imprimante/photocopieur de nouvelle génération. L’idée reste la même sauf que la feuille vierge ressemble à n’importe quelle autre feuille ordinaire et la chimie dont elle est enduite fonce à l’exposition aux UV. La feuille doit revenir à son état non imprimé en 24h par elle-même ou être rapidement chauffée. Le futur appareil de Xerox ressemblera donc à un copieur ordinaire dans ces fonctions et apparences, mais pas dans sa mécanique interne. Ainsi l’utilisateur imprimera, copiera comme d’habitude,cependant il le fera sur ces feuilles spéciales et, en fin de parcours, au lieu de les mettre au recyclage, il les remettra dans l’appareil ou elles seront chauffées rapidement afin de les remettre à zéro pour un nouvel usage. Xerox propose également l’usage de stylo UV abordables (sans encre, sortes de microtorches) afin de permettre la prise de note sur ces feuilles imprimées d’un genre nouveau.

À noter qu’il faut environ 204 000 joules (unité de mesure internationale de l’énergie : 1000 joules environ égal à 0,24 kilocalorie) pour fabriquer une feuille de papier, a déclaré le chef de secteur au PARC, Éric Shrader, dans le cadre de ses recherches avec Xerox. C’est à peu près comme faire fonctionner une ampoule de 60 watts pendant une heure. Le recyclage de cette même feuille de papier prend environ 114 000 joules. De plus, l’impression d’une feuille de papier conventionnelle de lettre ou A4 prend environ 2 000 joules. Si on regarde ce nouveau papier réutilisable, il demande beaucoup moins d’effort. Il ne faut que 1000 joules pour imprimer une image sur l’une des feuilles de papier réutilisables de Xerox (en incluant le chauffage pour que l’imprimante efface l’image). Si vous laissez l’image s’atténuer naturellement, vous n’utilisez alors qu’environ 100 joules pour imprimer. Il est clair que la production du papier spécial demande de l’énergie, mais l’énergie consommée lors du recyclage s’estompe. Le bilan carbone semble donc être en faveur de cette nouvelle technologie.

 Pour le moment, ces technologies restent monochromatiques, cependant des développements en quadrichromie devraient voir le jour.

À quoi cela va-t-il pouvoir servir ?

Outre l’usage commercial quasi clé en main offert par Xerox, ces technologies de papiers réutilisables ont un impact écologique et économique évident pour tous les usages temporaires liés à l’impression. Le scénario le plus au point là encore est celui de Xerox avec sa machine qui recycle le papier pour un nouvel usage et permet de prendre des notes dessus via un stylet UV. Pourtant, même si les circuits de distribution et de récupération de ce genre de papier restent à inventer pour d’autres usages plus grand public, le concept demeure prometteur. Imaginez ainsi les journaux quotidiens et les prospectus en tous genres qui seraient récupérés et réutilisés. Là encore, il reste le défi logistique qui est de trouver les filières de récupération et, effectivement, la perte risque d’être énorme. En revanche, si les pigments incrustés dans le papier sont inoffensifs pour l’environnement ou moins dommageables au pire, ils peuvent au moins être recyclés et les gens qui conserveront ces feuilles réinscriptibles auront du papier vierge pour prendre des notes ou dessiner sous quelques jours. Et, soyons honnêtes, qui n’a jamais laissé traîner des journaux ou des publicités chez lui plusieurs jours ?
Toujours selon Xerox, si tous les documents ne conviennent pas au papier réutilisable comme,par exemple, les présentations et les contrats juridiques qui nécessitent un support plus permanent. Ce ne sont pas le cas de nombreux menus du jour, résumés de travail quotidien, mémos des réunions ou courriels pour prise de note le temps de réfléchir qui, eux, seront vite recyclés ou jetés. Xerox affirme d’ailleurs que 44,5 % des documents imprimés le sont pour un usage unique et 25 % de tous ces documents imprimés sont recyclés le même jour. (Lyra Research estime que 15,2 milliards de pages sont imprimées dans le monde chaque année, un chiffre qui augmentera de 30 % au cours des 10 prochaines années.)

En gros, ces projets n’en sont pas encore en phase de commercialisation et l’usage de bureau semble le plus simple à mettre en place rapidement. Mais, au vu des quantités de papiers gaspillés pour des impressions temporaires en entreprise, ce serait déjà un gros plus à la fois économique et écologique. Donc, affaire à suivre.

 


Dimitri Lesage, chargé de projet délégué à la veille sectorielle

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