Emballage : le carton l’emporterait-il sur le plastique ?

carton, boite écologique

L’emballage est un secteur pris en permanence entre l’arbre et l’écorce. Il y a, d’un côté, les exigences environnementales que les consommateurs et les scientifiques poussent de plus en plus vers l’avant. Et, de l’autre, nous retrouvons les bonnes vieilles exigences de rentabilités avec lesquelles doit composer toute industrie.

Dans cette guerre idéologique, les composantes plastiques des emballages ainsi que le suremballage sont souvent pointés du doigt. Cependant, la réalité est bien plus complexe, car, si le consommateur veut de plus en plus de l’écolo, il veut aussi des produits bien présentés, en portions individuelles et prêts à l’emploi. Cela peut facilement rimer avec suremballage ce qui vient, évidemment en conflit avec la demande écoresponsable. Du point de vue industriel, il est toujours important de plaire au consommateur, mais si les coups liés à l’emballage viennent entacher le prix final ou, tout au moins, réduire trop la marge bénéficiaire des compagnies, il n’est donc pas plus intéressant pour eux de faire la moindre démarche. Le paradoxe est le suivant pour les compagnies : si je ne fais rien, je perds des parts de marché, car le consommateur me rejette et, si je fais quelque chose, je risque de ne plus être rentable. En plus, je dois résoudre un 2e paradoxe en inventant des emballages écoresponsables qui répondent en plus aux autres exigences du consommateur. À cela s’ajoute la réalité des emballages secondaires et tertiaires (NDLR Ce sont les emballages de transports de marchandises) qui doivent répondre aux mêmes exigences de rentabilités et d’écologie. Autant dire que la situation n’est pas aussi simple qu’elle y paraît.

L’une des solutions immédiates et facilement visible par le grand public est le remplacement dès que cela est possible du plastique par le carton. En sachant que, dans les pays occidentaux, encore 70 à 80 % des déchets recyclables finissent leur vie enfouis ou brûlés, il vaut peut-être mieux,effectivement miser sur un matériau rapidement décomposable et souvent moins nocif dans sa composition. Entre deux mots, les fabricants d’emballage choisissent donc le moindre et font appel à leur bon sens. De plus, dans l’image du public, comme sur les rayons, cela fait meilleur effet.

Quelques faits pour souligner la tendance qui a déjà quelques années :
  • Selon le bureau d’études américain Grand View Research, le marché de l’emballage de papier a enregistré, rien qu’en 2014, une demande en hausse de 195,72 millions de dollars,
  • SF Bio, la plus grosse chaîne de salles de cinéma en Suède, remplace toutes ses cartes-cadeaux en plastique par des cartes en carton,
  • Apple qui a mis en place une stratégie : Paper and Packaging (publiée en octobre 2017), déclare qu’elle a réduit de 84 % le contenu en plastique des emballages de l’iPhone 7 par rapport à ceux de l’iPhone 6s.

Selon Sylvain Allard, directeur du programme de design graphique à l’UQAM et spécialiste de l’emballage : « Il n’y a pas de vision globale dans la plupart des entreprises. On roule encore avec la vision que le plastique est recyclable, que ça règle tout. Or, si le plastique n’est pas recyclé, on n’a rien gagné. Si on l’envoie à l’autre bout du monde, en Chine, il y a une empreinte carbone qui vient annuler tous nos efforts ». Il souligne également que le plastique est une matière extraordinaire, peu coûteuse, mais qu’il n’est logique de l’utiliser que si c’est pour un usage multiple, car sinon c’est une catastrophe écologique pour l’environnement et que la vraie solution, reste, selon lui, la réduction de son utilisation au départ.

Parlons maintenant de l’exemple des emballages Tetra Pak. Ces derniers sont formés de l’assemblage intime de couches de plastique (polyéthylène), de métal (aluminium) et de carton (75 % de l’emballage). Une étude prouve que, comparativement aux emballages en plastique (bouteilles, etc.)  ou même en verre, les emballages Tetra Pak sont ceux qui possèdent le moins gros impact environnemental, tous stades du cycle de vie des matériaux confondus. Les émissions de CO2 de Tetra Brik 1L sont 42 % moins importantes que celles de la bouteille plastique et cette dernière nécessite près du double d’énergie et de ressources non renouvelables que son concurrent.
Petit aparté au thème carton vs plastique : durant tout son cycle de vie, la bouteille de verre génère une quantité de CO2 quatre fois supérieure à celle de la brique multicouche. Cet écart est notamment dû au transport (25 fois plus de camions que pour un nombre équivalent d’emballages carton vides).

Ainsi, bien que d’autres solutions écoresponsables existent et que le carton ne soit pas forcément la panacée, il n’en reste pas moins que ce dernier est vu comme une alternative intéressante et non négligeable au problème environnemental que cause le plastique. Il est aussi intéressant de noter que les idées reçues en matière d’écologie sont nombreuses et que les solutions à long terme ne sont pas forcément là où l’on croit.

 


Dimitri Lesage, chargé de projet délégué à la veille sectorielle

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