Lire et écrire avec les papiers électroniques et les cahiers numériques

 

Vous aimez le papier et pourtant vous lui trouvez des limites : poids des livres, confusion dans vos prises de notes, recherche pas toujours simple, etc. Pourtant, vous ne pensez même pas à vous convertir à la tablette ou autres écrans quand il s’agit de lire ou de prendre des notes. Tout simplement, car vous aimez le papier, son absence de rétroéclairage agressant, la souplesse de ses pages, la sensation de son grain sous le doigt ou le stylo, son cachet… le fait qu’il soit disponible sans alimentation électrique aussi. Alors que faire ? me direz-vous. Et bien, c’est précisément dans ce créneau-là que s’inscrive 2 joueurs qui montent en puissance depuis une dizaine d’année : les papiers électroniques (e-paper) et les cahiers numériques (digital smart notebook).

Les papiers électroniques ou e-papers

L’écran de 42 pouces bientôt commercialisé dans la gamme des produits Connected eWriter (tableau blanc interactif) appelé Quilla p. Il est co-développé par E-ink et Quirk Logic du Canada.
Le papier électronique est une technologie d’affichage sur support souple, modifiable électroniquement. Les e-papers cherchent à imiter l’apparence d’une feuille imprimée et, comme les vrais imprimés, évidemment, leur capacité à ne pas utiliser d’énergie pour laisser un texte ou une image affichée. Cette technologie est donc purement réflective et utilise la lumière ambiante comme source d’éclairage. Les papiers électroniques n’utilisent donc pas d’énergie pour maintenir un affichage, mais seulement pour le modifier rapidement et revenir ensuite à un état d’affichage stable et inerte contenant la nouvelle information.
Principe : chaque pixel de la « feuille » est une micro capsule contenant des particules de couleur blanche et/ou de couleur noire chargées. Selon la charge portée sur les pixels les particules noires sont en surface ou alors les blanches. Chacun de ses états étant stable, les particules restent placées ainsi sans énergie jusqu’à une éventuelle inversion de la charge ultérieurement. Aujourd’hui, il existe des variantes quadricolores qui proviennent de la superposition d’un filtre optique coloré sur le papier électronique monochrome (Le quadrillage de pixels devient alors un quadrillage de groupes de pixels : cyan, magenta, jaune et, bien sûr, noir) un peu à la manière de l’impression offset, mais version électronique.
Avantages : très peu énergivore, l’affichage peut fonctionner hors charge, visible en plein soleil comme à l’ombre de face comme de côté, support souple et se couple le plus souvent avec une interface tactile et inscriptible.
Usages courants : liseuses, écrans divers ultraplats pour objets électroniques, étiquettes électroniques, affichages, tableaux et affiches électroniques.
À noter que la technologie des papiers électroniques est plus tournée vers la lecture, cependant, avec des composants additionnels, elle permet aussi un affichage de ce qui serait écrit avec un stylet dédié.

Les cahiers numériques ou digital smart notebooks

Le carnet Livescribe de Moleskine transfère vos griffonnages à l’encre sur votre appareil numérique en temps réel.
Courtoisie de Moleskine.
Les cahiers électroniques sont caractérisés par des pages physiques en papier (la plupart du temps) et imprimé d’un tramage très léger avec des points de références. L’idée derrière ce type d’imprimé est de faciliter la numérisation des notes et des dessins qui y sont faits avec un bon vieux stylo, feutre ou crayon. L’idée est de conserver le plaisir d’un support papier ou similaire et de l’acte scripteur tout en pouvant, par la suite, conserver ses écrits et croquis numériquement.
Principe : chaque page possède une trame reconnaissable par une caméra et qui détermine les bords et milieux de la feuille. Cela garantit une numérisation droite sans aucune déformation et comme la couleur du support est paramétrée dans le système, la numérisation conserve donc les couleurs initiales au plus proche.
Il existe au moins 3 types de numérisation :
  • par l’intermédiaire d’un stylo spécial avec une micro caméra
  • par l’intermédiaire d’une bague magnétique sensible aux mouvements et aux inclinaisons qui est accrochée à l’instrument scripteur et d’un support électronique spécial sous la feuille d’écriture,
  • ou encore, la plus courante aujourd’hui, par une tablette ou un téléphone intelligent et une application de reconnaissance visuelle et numérisation.
Pour les 2 premières technologies, la numérisation est simultanée à l’acte d’écrire. Pour le dernier cas, la numérisation intervient après et doit être volontaire.
La reconnaissance de caractère existe pour certains modèles, sous couvert d’une écriture proche de l’écriture scriptes (comme dans les livres).
Avantages : on conserve la sensation d’écrire sur un support traditionnel, la liberté de mouvement et d’écriture est presque totale, on a une trace papier et numérique.
Usages courants : prise de note (étudiants, employés de bureau…), remue-méninges, mémorisation…

De l’intérêt de conserver l’acte d’écrire

D’après le linguiste Alain Bentolila : « en écrivant via un clavier, on fait un seul geste par lettre, toujours le même. Alors que l’utilisation d’un stylo stimule de nombreuses zones de notre cerveau. Il lui faut en effet impulser les mouvements de la main et en activer l’ensemble des muscles, tout en « pensant » le mot à écrire. Or, ce parcours en plusieurs étapes se révèle un excellent stimulant pour la mémoire. »
Et, selon une étude réalisée par des chercheurs des Universités de Princeton et de Californie, Pam A. Mueller et Daniel Oppenheimer : Le stylo est supérieur au clavier dans la prise de notes et la mémorisation. La raison est simple : lorsque nous tapons sur un clavier, notre cerveau se concentre sur la lettre et non sur le fond, d’où une retranscription mot à mot. En revanche, quand nous prenons des notes, lors d’une réunion ou d’un cours, nous incitons notre cerveau à faire une synthèse des idées clés. Cet effort d’analyse, associé à la visualisation des mots sur le papier, améliore grandement la mémorisation. La frappe nécessitant moins d’efforts moteurs, son usage intensif se révélerait même négatif pour nos capacités mnésiques.

 


Dimitri Lesage, chargé de projet délégué à la veille sectorielle

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